Bernard Valeur Quae (Beaux-livres)
Bernard Valeur est une référence sur la lumière. Physicochimiste, professeur émérite au CNAM, il a écrit de nombreux ouvrages sur les relations entre la lumière et la vie, les sons, la couleur dont « Les couleurs du vin, une palette exquise », aux éditions Quae. Dès le début de l’ouvrage, par une magnifique photographie d’une colline au Japon, Bernard Valeur attire notre attention sur la rareté des fleurs bleues dans la nature ! Le bleu est une des couleurs préférées du grand public et en particulier des artistes. Mais le bleu est très peu présent dans le monde terrestre. Pourquoi le bleu est-il si abondant dans le ciel et l’océan et si rare dans la nature ?
Dans cet ouvrage, l’auteur part à en quête de la couleur bleue naturelle dans le monde. L’iconographie est superbe, en particulier de magnifiques double-pages dont un lac de geyser bleu, un ciel au coucher du soleil, les yeux bleus d’husky, le serpent venimeux, un vitrail de Chagall… Toutes les photographies sont légendées. Comme dans tous ses ouvrages, Bernard Valeur donne, dans des encadrés, des explications scientifiques approfondies.
Le bleu du ciel – Pourquoi le ciel est bleu ? Il est d’habitude répondu aux enfants que la lumière du soleil est diffusée avec une efficacité plus grande dans le bleu. Bernard Valeur suscite notre étonnement en affirmant que « le ciel bleu n’existe que dans notre tête » ! Il nous fait réaliser que toute couleur est une sensation physiologique que procure le cerveau lorsque de la lumière frappe la rétine ». Il explique, avec beaucoup de clarté, comment se diffuse la lumière du soleil. En fait, la vision d’un « bleu ciel » résulte de la combinaison de trois facteurs. Pourquoi le ciel parait plus pâle à l’horizon qu’en altitude ? Qu’appelle-t-on arche crépusculaire ? Quand l’ombre de la Terre et « la ceinture de Vénus » sont observables ?
Mers et océans : un camaïeu de bleus – Pourquoi l’eau parait-elle bleue dans certaines conditions d’observation, alors qu’elle est incolore dans un verre ? Pourquoi un plongeur parle de « grand bleu » ? Pourquoi les eaux côtières apparaissent parfois d’un bleu turquoise ? Que provoque la présence de phytoplancton ? De même qu’on parle de « poumons verts » pour les forêts, pourquoi les océans sont qualifiés de « poumons bleus » ? Qu’est-ce qui provoque le passage du blanc au bleu de la glace ? En Antarctique, la présence d’oxyde de fer provoque la couleur verte de certains icebergs.
Fascinantes pierre bleues – Il existe trois types de roches bleues : le lapis-lazuli, le schiste bleu et certains granits. Le lapis-lazuli est connu depuis l’Antiquité. Par contre on a attendu les années 1970 pour savoir que le bleu est dû à une entité à base de trois atomes de soufre liés entre eux. En Bretagne, il y a des affleurements de schiste bleue. Parmi les pierres fines bleues ; la couleur bleue du saphir est dû à la présence de fer et de titane. Savez-vous que le grand saphir de Louis XIV, une merveille, a une forme rhomboïdale unique au monde ? La couleur bleue d’un diamant provient de la présence d’atomes de bore. Le plus célèbre est le diamant Hope, le grand diamant bleu de Louis XIV.
Comment la vivante fabrique du bleu ? – Les animaux produisent « un bleu dit structurel, c’est-à-dire résultant d’interactions de la lumière avec des structures spécifiques à l’échelle nanométrique. L’auteur rappelle qu’un pigment apparait bleu s’il absorbe les composantes de la lumière blanche à l’exception du bleu qui est renvoyé vers nos yeux. Pourquoi les pigments bleus sont-ils rares ? La biosynthèse de ces composants demande beaucoup d’énergie. Les anthocyanes sont des pigments qu’on trouve uniquement chez les végétaux. La couleur d’un anthocyane dépend de plusieurs facteurs dont la présence de métaux, comme pour le bleuet. Chez les animaux, le pigment bleu est inhabituel. Le pigment peut avoir une source biliaire, comme pour l’émeu bleu, ou une protéine, comme pour le crabe bleu. En l’absence de pigment, un animal produit du bleu grâce à des structures spécifiques nanométriques qui privilégient une réflexion de la lumière dans le bleu, dont les papillons Morpho et le paon sont des exemples. Savez-vous que le bleu des chats siamois est de la même origine ? L’ara bleu est à lui seul une illustration des jeux de couleurs ; un bleu structurel, un jaune pigmentaire et un vert résultant de la superposition des deux.
A quoi sert le bleu dans le vivant – le bleu a différentes fonctions : Séduire, par exemple le martin-pêcheur ; Attirer, les plantes et les fruits attirent les oiseaux et les insectes ; N’y voir que du bleu, les baleines dans le but de se camoufler ont une face dorsale grise tirant sur le bleu quand elles sont immergées ; Alerter, des animaux adoptent le bleu pour signifier qu’ils sont venimeux ; Communiquer, le battement d’ailes du papillon morpho produit des flashs bleus.
Des bleus insolites – Le lecteur va être émerveillé en découvrant les bleus surprenants sous l’eau, sur terre et dans les airs comme étoiles de mer, araignées, abeilles, batraciens, coquilles St Jacques aux multiples yeux bleus, langue bleue de l’ours…
Ces êtres qui brillent en bleu – Fluorescence et bioluminescence sont deux formes d’émission de lumière par les êtres vivants. Qu’est-ce que la fluorescence et la bioluminescence ? Est-ce que la fluorescence des fleurs, dans le bleu, attire les pollinisateurs ? Certains animaux ont un bleu fluo énigmatique. Pourquoi les scorpions émettent une fluorescence bleue sous illumination dans l’UV ? Dans le monde terrestre, les espèces bioluminescentes ne sont pas nombreuses. Savez-vous que dans une grotte en Nouvelle-Zélande, « des larves de petites mouches secrètent une sorte de mucus formant des filaments lumineux bleus qui pendent » ? Par contre, dans le monde marin, il existe de nombreuses espèces bioluminescentes, méduses, crustacés…Jusqu’à 3 900 m de profondeur, plus des trois quarts des espèces son bioluminescentes. Le français Raphaël Dubois a démontré que celle-ci implique deux substances, luciférine et luciférase. De minuscules crustacés produisent des bouffées de bioluminescence bleu intense, aveuglant leurs adversaires. Les poissons-lanternes sont les plus abondants dans les profondeurs. Leurs photophores servent à attirer les proies ou à les repérer et aussi se camoufler par contre-éclairage.
Le bleu et l’humain – Quand l’iris est dépourvu de pigments, la couleur des yeux est à dominante bleue. Dans certains cas, la peau vire au bleu. Quel est l’effet de la lumière bleue sur la rétine ? Un excès pourrait provoquer, entre autres, une maladie de la rétine. Mais la lumière bleue, le matin, joue un rôle bénéfique dans la régulation de notre horloge biologique.
Les aliments bleus : une rareté ? – Il y a très peu d’aliments bleus, à part le raisin les myrtilles et les quetsches. Il en existe, ce sont des fruits et légumes bleus « exotiques ». Connaissez-vous le thé bleu chinois ou taiwanaise ? On observe aujourd’hui une évolution des tendances des goûts alimentaires.
Teindre et peindre en bleu naturel – Il existe trois matières colorantes naturelles bleues : l’indigo, l’azurite et l’outremer. L’auteur raconte l’histoire de l’indigo. Le pastel des teinturiers ou guède est la première plante à indigo cultivée en Europe. Comment se fait la teinture des textiles ? Aujourd’hui on utilise l’indigo synthétique. L’indigo réduit en poudre est utilisé aussi comme pigment pour la peinture. Le bleu maya a une très grande longévité due à une exceptionnelle stabilité. Il est composé de l’indigo, une argile et une résine. L’azurite est le plus ancien pigment naturel. Le bleu de Prusse est un exemple de sérendipité. L’outremer, extrait du lapis-lazuli, doit sa couleur au soufre. Le bleu est très utilisé en art. Parmi les peintres célèbres pour leur utilisation du bleu, Yves Klein, Picasso, Henri Matisse, Marc Chagall…
Bernard Valeur, au fil de cette quête du bleu, nous fait découvrir plein de merveilles dans la nature, des plus connues aux insolites. Qu’en est-il dans l’espace ? Planètes, étoiles, galaxies et nébuleuses apparaissent bleues. Les étoiles les plus chaudes émettent une lumière bleutée et les plus froides une lumière rouge. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le bleu est une « couleur froide » et le rouge, une « couleur chaude ».
Dans cet ouvrage, magnifiquement illustré, où on retrouve avec grand plaisir l’excellent médiateur des sciences qu’est Bernard Valeur, les lecteurs vont suivre avec, beaucoup de curiosité, sa quête du bleu dans le ciel, mers et océans, le monde des pierres précieuses, le vivant, l’humain, les aliments et l’art. Ces découvertes suscitent beaucoup d’admiration pour cette « fascinante couleur d’exception ». Il rappelle les connaissances scientifiques essentielles à connaitre en physique et chimie et donne des informations précises sur le bleu dans chaque domaine. Ainsi il apparait que le bleu peut être surabondant, rare, insolite, structurel, pigmentaire. Un excellent ouvrage de science, absolument passionnant car il répond à de nombreuses questions, en particulier sur l’abondance du bleu dans le ciel et l’océan et sa rareté sur terre.







