Nicolas Gilsoul, Jacques Cuisin, Robert Laffont
Au Muséum National d’Histoire Naturelle sont conservés plus de 68 millions d’échantillons d’animaux, de feuilles, de roches, de fossiles…Certains sont visibles par le grand public mais la plupart sont dans des lieux insoupçonnés, dans des réserves à l’abri des dommages du temps. Nicolas Gilsoul, docteur es sciences, rêvait d’aller les explorer. Jacques Cuisin, délégué à la conservation et restauration du Muséum et enseignant en conservation préventive, lui a ouvert les portes de ce monde inconnu. Nicolas Gilssoul partage avec le lecteur ses découvertes extraordinaires qui vous emmène à travers l’espace et le temps. Il les raconte d’une manière très vivante, sous forme de dialogue, avec de nombreuses références culturelles. Il a réalisé 45 dessins qui jalonnent le texte : croquis architecturaux, naturalistes et poétiques. Première rencontre avec Sahib, le rhinocéros de Louis XV. C’est l’occasion de remonter le temps au Bengale en 1769. Suite à une charge héroïque, le bébé rhino est emmené en France et inaugure à Versailles la nouvelle Ménagerie royale. A la révolution il sera tué. Son corps fera l’objet de la première opération de taxidermie. Un éminent professeur, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire lui a posé une « grande » corne, car à l’époque la taille compte. Quand la galerie de zoologie a été transformée en grande galerie de l’évolution, il a fallu déplacer des millions d’animaux. Il a fallu construire une sorte de coffre-fort enterré sous le Jardin, au pied de la statue de Buffon. Et là devant eux, une baleine bleue, le plus gros mammifère connu. Elle a été rapportée par Georges Pouchet en 1881, d’une exploration dans les eaux arctiques. Empruntant un labyrinthe de Dédale, ils arrivent à une chambre secrète où reposent les « derniers témoins. Les Introuvables ; Les disparus. Un squelette de grand pingouin, le dernier de son espèce. Nicolas Gilsoul se rappelle qu’avec son père, ornithologue passionné, qui collectionnait les os, il se rêvait chasseur de trésors… Emu, il se retrouver seul sur l’île des Disparus. Il continue son exploration et voit une grève licorne « capturé par Louis XVI ». Dans une armoire, « ça danse la samba », des perroquets de toutes les couleurs. Un ara de Cuba lui évoque les premiers explorateurs de l’Archipel des Caraïbes. Et les pigeons ? La dernière de son espèce, une tourte voyageuse, est un pigeon voyageur. Des nuées de milliers de pigeons décrites par Pehr Kalm, un explorateur naturaliste suédois et par Audubon… par la suite du fait de la transformation de l’environnement, les agriculteurs les ont exterminés. De la montagne où il est parti, il lance un défi à Jacques Cuisin : As-tu des requins ? ». Dans un mur s’ouvre un canyon, « cette vision restera gravée à jamais » ! Un ballet halluciné de requins. Le requin-lutin vit à mille trois cent mètres de fond là où il y a la nuit. L’ichtyotaxidermie, la taxidermie des poissons, est très exigeante. Et maintenant lui est proposé de survoler un herbier sous-marin. Contrairement à ce qu’il attendait, l’herbier est contenu entre deux feuilles de papier : un trésor inestimable ! Des botanistes hollandais ont eu cette idée de conserver des poissons entre les pages d’un livre. L’herbier de Commerson date de l’époque de Bougainville et Louis XV. Il les a récoltés sur la frégate Boudeuse et la flûte Etoile. L’histoire de cet herbier est rocambolesque. Puis il est conduit au pays des colibris. A XIX° siècle, la France est une grande spécialiste des colibris grâce aux fabuleux voyages d’Alcide d’Orbigny en Amérique du Sud et équatoriale. Direction le Mexique pour percer le secret des plumes. En territoire Aztèque « le spectacle est à couper le souffle », le Quetzalcoatl ! Une plume est une « cathédrale gothique ». Nicola Gilsoul, architecte explorateur, se régale. Trente mètres plus bas, l’ancienne galerie des oiseaux est une nef toute en longueur. Tout au bout ils descendent et tout en bas deux hommes, un « Indien d’Amérique » et face à lui Buffon, une statue, un hommage du roi au célèbre naturaliste avec cette inscription : « Son génie égale la majesté de la nature ». Puis ils vont embarquer pour « le paradis » où un oiseau au plumage sublime défiant l’imagination » les attend : le « paradisier multifil ». Dans la salle du chasseur où se trouvent sur les murs des centaines de cornes rapportées par le duc. Jacques Cusin explique qu’au temps de Buffon, « les sciences décrivaient les animaux sur la base d’un seul échantillon… Avec Cuvier et l’avènement de la science comparative, on cherche à asseoir les descriptions sur quelque chose d’irréfutable ; Alors in convoque les mathématiques et les statistiques ». Bien d’autres découvertes les attendent, le royaume des crabes, le musée fantôme en Afrique et au cercle polaire, des phoques sous la maison, le laboratoire d’anatomie comparée, le taxidermiste, la Croisière noire…. En suivant comme fil conducteur, cette chasse aux trésors dans ces lieux secrets du Muséum, Nicols Gilsoul rend son récit passionnant ! Avec la complicité de Jacques Cuisin, grand maître de la conservation et de la restauration de ces richesses incroyables, ils livrent des informations scientifiques, historiques, géographiques et culturelles sur cette collection unique au monde sans oublier les merveilleuses histoires de leurs découvreurs. C’est aussi devant tant d’espèces disparues, une prise de conscience de l’urgence écologique à protéger des espèces menacées de disparition.






