Patrick Michel, Odile Jacob
Si vous aimez qu’humanité et science riment de concert, alors lisez ce livre de Patrick Michel, ingénieur de l’espace, grand spécialiste des astéroïdes. En effet, et quoique le risque soit faible, le potentiel destructeur d’un astéroïde de taille décamétrique qui heurterait la Terre est suffisamment grand pour que l’humanité – représentée en l’occurrence par la collectivité des États et des scientifiques – se saisisse de la question pour étudier les actions susceptibles d’y faire face.
Dans un précédent ouvrage À la rencontre des astéroïdes paru chez le même éditeur en 2023, l’auteur nous avait déjà sensibilisé à la question et nous familiarisait avec la préparation des missions DART et HERA, la première, expérience grandeur réelle d’une interception-déviation d’un astéroïde similaire à ceux qui pourraient être dangereux, la seconde de son évaluation par HERA. Avec cet ouvrage, l’auteur détaille le travail fait depuis 2023 pour organiser des missions d’évaluation des résultats de cette première expérience et des missions d’information sur des objets qui auraient été identifiés comme à risque.
L’auteur revient rapidement sur le phénomène des géocroiseurs pouvant croiser l’orbite terrestre – déjà détaillé dans le premier livre – et introduit le processus institutionnel validé par l’ONU en deux phases : 1/ alerte: cataloguer les objets potentiellement dangereux (diamètre supérieur à 10 m et probabilité de croiser l’orbite terrestre de plus de 1%), 2/ lancer une mission d’information plus précise à l’approche d’un géocroiseur dépassant ces seuils et ensuite une mission d’interception. L’organisme de l’ONU pour les questions spatiales est le COPUOS (Comité d’utilisation pacifique de l’espace) et les deux organisations en charge des actions mentionnées sont le réseau d’alerte internationale des astéroïdes IAWN (International Asteroïd Warning Network) et le groupe de conseil en planification de missions spatiales SMPAG (Space Mission Planning Avisory Group).
L’auteur nous informe ensuite en détail sur quelques évènements significatifs de ces dernières années permettant de comprendre la complexité technologique et organisationnelle de ces questions: 1/ l’astéroïde 2024 YR4 détecté en décembre 2024 dont les premières mesures prédisaient un diamètre de 40 à 100 m et une probabilité de 0.04% en 2032, probabilité passée à 3% en février 2025 avant de redevenir négligeable au fur et à mesure des observations de la trajectoire 2/ la mission HERA de 2024 visant l’astéroïde double Didymos-Dimorphos pour caractériser les effets de l’impact par DART, 3/ la mission RAMSES visant le passage d’Apophis – 325 à 380 m de diamètre – dans le voisinage (environ à l’altitude des satellites géostationnaires) de la Terre en 2029 .
La complexité technologique est liée aux difficultés de connaître précisément – par les seuls instruments déployés sur Terre et dans l’espace – les caractéristiques physiques et astronomiques du géocroiseur: l’évaluation fluctuante des probabilités est le résultat direct de ces difficultés et ce n’est que par l’accumulation des mesures que l’on peut réduire les incertitudes. Elle est aussi celle de définir les équipements nécessaires aux missions et de les assembler à temps pour les lancer selon des créneaux temporels parfois étroits eu égard aux conditions météorologiques pouvant se dégrader rapidement. La complexité organisationnelle est celle qui doit réussir à faire converger rapidement les multiples instruments possibles – depuis la Terre ou des satellites – vers la caractérisation d’une seule et même cible, ou encore à faire converger des équipes internationales vers la conception puis la réalisation d’une mission. C’est là la première vertu collective qui s’impose à tous : une seule nation ne possédera jamais la capacité technologique suffisante – et la géographie spatiale des implantations nécessaires – pour couvrir tous les cas de figures pouvant se présenter. Le succès de ces missions illustre pleinement le fait que les procédures ont été écrites et sont au point, et que la communauté scientifique multinationale existe, se parle et est en mesure de se mobiliser rapidement sur tout problème qui surgirait.
Ne nous y trompons pas, le narratif de Patrick Michel, un des protagonistes de cette communauté, démontre par une profusion de détails que les solutions existent, sont connues et sont finançables et exécutables dans le laps de temps de quelques années permis par les choix des bons seuils d’alerte.
La mise en évidence de l’humanité de la communauté scientifique internationale, Europe, USA, Japon, Inde, Chine face à une question qui nous concerne tous, tant individuellement que collectivement, est très rassurante quant à la crédibilité que ce risque, bien réel, est effectivement maîtrisé au-delà des égotismes nationaux.





