Philippe Saltel, Dunod (A la plage)
L’auteur, Philippe Saltel, est professeur émérite de philosophie morale à l’Université morale de Grenoble Alpes. Il a publié plusieurs ouvrages sur le philosophe britannique Hume (1711-1776) et d’autres ouvrages plus généraux dont l’un sur la paix et un autre sur la haine. Dans Spinoza à la plage, il propose au lecteur, qui peut être un(e) élève de terminale, ou un lecteur, une lectrice intéressé(e) par la vie culturelle et intellectuelle du XVIIe siècle européen ou désireux(se) de découvrir la pensée complexe de Spinoza sans pour autant devoir se plonger dans l’œuvre immense et profonde du philosophe. C’est aujourd’hui le lectorat, mutatis mutandis, celui que Spinoza appréciait à son époque, un lectorat intéressé par les idées. C’est, aussi le public de la collection de l’éditeur des sciences, Dunod, qui, dans cette collection, publie des ouvrages très divers s’intéressant tout autant à Armstrong et la conquête spatiale, Champollion ou encore Lévi-Strauss, Pasteur, de Gaulle ou Pascal. Dunod a déjà publié, en 2021, Spinoza éthique sous-titré « De la vérité au bonheur » dans la collection Dunod graphique qui est une adaptation sous forme de bande dessinée de l’Éthique par Philippe Amador.
Philippe Saltel reprend dans le sommaire de son ouvrage les cinq parties de l’Éthique. Après quelques éléments de la vie de Spinoza, l’ouvrage pose les questions essentielles posées par Spinoza, en reprenant le plan de l’Éthique : 1) Dieu 2) Que savons-nous ? 3) Vie affectée, 4) Sommes-nous définitivement asservis 5) La puissance des humains : libération et liberté. Un sixième chapitre « Spinoza et la religion » est ajouté par Philippe Saltel principalement sur la base du Traité théologico-politique. Les deux premiers chapitres sont les plus abstraits et sans doute les plus difficiles à comprendre. Les trois suivants abordent des questions plus concrètes.
Philippe Saltel reprend également la méthode d’analyse suivie par Spinoza : une méthode « géométrique », on pourrait dire mathématique au sens où les mathématiques permettent, depuis l’Antiquité, de dépasser les errances de l’imagination. Cet ordre géométrique est « un ordre par lequel l’esprit perçoit les choses pour leurs premières causes » (E2, 18 Scolie). En bref, il faut d’abord poser un problème, puis analyser les différents outils pour le résoudre et enfin envisager diverses solutions, ce qui prend le nom de scolie chez Spinoza et que Philippe Saltel décline dans les trois premiers chapitres en forme de thèses. Philippe Saltel cite le plus souvent l’Éthique. Et aussi le Traité politique et le Traité théologico-politique. Une bibliographie complète son ouvrage. À cette bibliographie, aurait pu être ajouté l’essai de Céline Hervet, paru en 2011 chez Classiques Garnier : De l’imagination à l’entendement, un essai qui pose la question du langage, essentielle chez Spinoza.
En effet, Spinoza porte une attention particulière aux définitions qui circonscrivent tout objet d’analyse et qui vont, au fil du traité, proposer une éthique, une façon d’être idéale pour l’être humain, tout en sachant que c’est une œuvre en cours pour chacun tout au long de sa vie. L’attention aux définitions est égale chez Philippe Saltel, ce dont témoignent le glossaire qu’il insère à la fin de son ouvrage et son sous-titre « Persévérer dans un transat ». Chez Spinoza, le verbe « persévérer » signifie « « continuer » et « progresser » ». Ici, pour les lecteurs, il s’agit de « progresser » dans la découverte de la pensée de Spinoza.
Philippe Saltel consacre, dans le premier chapitre quelques pages à la vie de Baruch Spinoza, né en 1632 dans une famille juive d’Amsterdam. Il mène une vie modeste, gagnant sa vie, non grâce à la philosophie, mais en préparant des lentilles d’optique, en particulier pour Huygens. C’est un lecteur de Descartes dont l’analyse de la pensée nourrit les Principes de la philosophie de Descartes et il commence à penser vers 1662, les rudiments de ce qui deviendra son Éthique. Puis, suivant l’ordre fixé par Spinoza, Philippe Saltel pose la question de Dieu, non celui de telle ou telle religion mais une pensée de la totalité, qui invite à poser la question des causes premières. Puis vient la question de l’idée en considérant que nos idées sont soumises aux conditions de l’exercice de notre pensée. En clair, toute idée est tributaire de l’intellect et aussi du corps. D’où, des idées « inadéquate s » et d’autres dites « « adéquates » », celles, par exemple qui reposent sur les mathématiques ou la physique.
Philippe Saltel analyse dans les chapitres suivants les modalités selon lesquelles les « affects », c’est-à-dire nos sentiments positifs ou négatifs comme la joie, la haine, l’amour-propre et nos rencontres affectent notre « manière d’être complexe ». Spinoza préconise que c’est par le lien avec les autres, en joignant nos propres connaissances et nos propres forces à celles des autres que nous pouvons réduire notre dépendance aux affects ou l’impact de mauvaises rencontres. De là, pour Spinoza, l’élaboration, non d’une société idéale, mais d’une société de « concorde » qui a ses règles et ses contraintes dans laquelle chacun peut vivre et exercer sa liberté et où le religieux s’efface derrière le politique. C’est la dimension politique de l’Éthique qui est abordée ici.
Enfin, dans le dernier chapitre de son ouvrage, Philippe Saltel revient sur la difficile question de Dieu, non celui tout-puissant, bienveillant ou non, générant et gérant l’humanité tel que le conçoivent les religions ou les théologiens. Il s’agit du Dieu des philosophes et, en ce sens, pour Spinoza, la religion est à entendre comme « la perfection de notre entendement ».
Spinoza à la plage est une belle ouverture à l’œuvre si essentielle pour construire une vie heureuse et parfois si difficile à comprendre, de Spinoza. A lire et à découvrir sans modération pour « persévérer » progresser dans la découverte de la pensée de Spinoza.




