Olga Medvedkova, Flammarion
Kandinsky est un peintre qui vous séduit, vous intrigue par ses formes et vous amène à de nombreuses interrogations. Olga Medvedkova, historienne de l’art et écrivain, directrice de recherche au CNRS, a écrit plusieurs livres et articles consacrés à l’œuvre de Vassily Kandisky. La Philarmonie de Paris a organisé une rétrospective exceptionnelle du 15 octobre à février 2026, mettent en valeur l’influence de la musique sur la conception de son art. Dans l’introduction, le peintre écrit « ce qui fut le plus important dans ma vie, la découverte de l’abstraction en peinture ». Dans cette biographie, Olga Medvedkova décrit comment Kandisky a été « un créateur d’un univers nouveau, d’une réalité autre ». Par la consultation de sources écrites de ses échanges avec des artistes et de nombreuses personnalités, l’auteure est « au plus près de sa vraie vie ». Pour preuve, au fil du récit, des extraits de lettres et de ses livres viennent justement expliciter les propos de l’auteur et un portfolio de photographies au centre de l’ouvrage. Cette vie est présentée en cinq grandes périodes. La première, « J’ai décidé de devenir un savant » (1866-1896), parle de sa famille, de son enfance et de son adolescence. Il partage pleinement l’esprit de Moscou, suit des cours de dessin, faisant preuve d’une sensibilité exacerbée. Il suit des cours de droit avec un penchant pour l’ethnographie, influencé par son ami Nicolaï. Au moment où il devait obtenir son diplôme de juriste, il part en expédition dans le Nord de la Russie. Il y découvrira « le potentiel de la couleur à générer l’espace et à nourrir des émotions ». Suite à une mise en cause du droit, il tombera en dépression. Marié, il passera son examen d’agrégation et devient un penseur sérieux en économie. Puis, brusquement il décide d’abandonner les études de la science, il ne veut pas sacrifier sa passion pour l’art. La deuxième partie « Le « droit d’être peintre » (1897- 1914) marque le début de sa vie dédiée à l’art. Avec sa femme, ils s’installent à Munich où il est élève dans une école d’art. Il saute des étapes et débute comme critique d’art. Il crée une école d’art « Phalanx » qui lui permet d’organiser des expositions. Il se révolte contre l’art munichois. Il souhaite partir, ce sera avec Gabriele. En 1905, installé à Paris, il expose au salon d’automne. Un critique annonce son génie. A cette « période géniale » il écrit un ouvrage essentiel : « Du Spirituel dans l’art et la peinture en particulier ». Dans l’année 1910 naissent tous ses grands thèmes. Il y a de plus en plus de liberté dans ses tableaux. Il est influencé par les arts islamiques. Le mot « abstraction » apparait pour la première fois. Il publie un article sur l’art « nouveau » et il est marqué par l’écoute de la musique d’Arnold Schönberg. En 1911 parait son almanach « le cavalier bleu ». Il peint les « Improvisations ». Pour lui « la forme en art n’est rien si elle n’incarne un désir irrépressible. C’est en cela que nécessite la « nécessité intérieure ». La troisième époque est celle de la « Grande utopie » (1915-1921). 1914, il est expulsé d’Allemagne. A Moscou il rencontre Nina qu’il épouse. Ils vont vivre les années terribles en Russie. Pour lui, « l’abstraction est le paradigme même du désintéressement (le propre de l’Esprit), sans lequel toute culture, mais aussi toute société, ne peut que périr ». Il en découle qu’il ne peut rester en Russie. Ils partent pour l’Allemagne. Commence la quatrième période « Un bloc de glace dans lequel brûle une flamme » (1922-1933). A Weimar, avec d’autres peintres, ils forment « Le Bauhaus » « Plus qu’une idée, c’est une façon de vivre, de penser les choses ». Il a besoin du cinéma pour changer d’atmosphère. Durant sa période froide, il peint les « Compositions » où le cercle joue un grand rôle. « Ces toiles sont comme des êtres vivants que l’on peut rencontrer, qu’il faut longuement, patiemment observer ». Au Bauhaus, transféré à Dessau, Kandinsky est « le grand sage » de l’école ». Puis des peintres partent dont Paul Klee et viendra le temps des voyages. En 1932 le Bauhaus est fermé. Enfin la dernière période « La « force d’une deuxième jeunesse » (1934-1944), ils débutent une nouvelle vie à Paris. Moins connu, il doit baisser ses prix. Il rencontre d’autres peintres, en tant que patriarche des avant-gardes. « Formes nouvelles, couleurs nouvelles », il produit 144 tableaux où « ce ne sont plus géométries mais organismes, créatures… des motifs issus des univers biologique et zoologique ». Il s’inspire de l’imagerie scientifique, ses œuvres ressemblent à « des démonstrations scientifiques… ou encore à des partitions musicales ». Son neveu, philosophe et lui, peintre de génie, s’enrichissent l’un l’autre. Apparait « l’art concret », le désir d’objectiver l’œuvre abstraite. Kandisnky demande la nationalité française, souhaitant être perçu comme « un inventeur d’un courant nouveau et comme un dissident artistique ». Il meurt en décembre 1944. Une phrase définit bien la révolution qu’a apportée Kandisnky à l’art : « Si avant le tableau montrait ce que le peintre « voyait », maintenant le tableau montre ce que le peintre « est ». Kandisnky est le peintre qui s’adresse à tous et à travers toutes les époques. Quelle biographie percutante et passionnante qui permet de vraiment comprendre comment ce peintre a forgé au fil de sa vie, sa conception qui a révolutionné l’art moderne !






