Emmanuelle Pouydebat, Ill. Arnaud Rafaelian, Delachaux et Niestlé
Dans son introduction, « Etre vivant, c’est héréditaire et ça fait mourir », Emmanuel Pouydebat fait part d’idées reçues, du fait que de nombreux comportements d’animaux sont méconnus. Elle raconte les leçons de mort que lui ont données, dans son enfance, ses animaux de compagnie. « Il ne faut pas éviter le sujet de la mort ». Elle était révoltée par la cruauté de certains. Comment étudier la mort chez les animaux ? Il faut éviter une attitude d’anthropomorphisme. Qu’est-ce que la thatanalogie ? C’est l’étude scientifique de la mort et du deuil. Déjà Pline l’ancien relatait des histoires d’éléphants et de fourmis enterrant leurs morts. Il est fort dommage que les hommes pensent qu’ils sont les seuls à avoir conscience de la mort. Le chagrin en réponse à un deuil n’est pas une spécificité humaine. La mort faisant peur, il d’autant plus préférable d’en parler sur un mode ludique : « Ecrire un livre sur la mort n’a de sens que si on peut en rire ! J’ose espérer qu’avec la complicité d’Arnaud Rafaelian, l’illustrateur, nous vous arracherons quelques sourires ». Ses dessins représentent des scènes de vie animale, avec beaucoup d’humour comme cette lionne qui parlant de leur père à ses petits : « Ton père n’en foutait pas une de la journée mais là il est bel et bien mort ! ». Cet ouvrage répond aux nombreuses questions sur la compréhension de la mort animale. Les animaux comprennent-ils la mort ? Pour comprendre la mort, c’est d’abord détecter la vie, sur le plan de l’évolution, en particulier connaitre comment le mouvement est apparu et a évolué. La détection de la mort se fait par des signes olfactifs, visuels, tactiles et multimodaux. Les animaux font-ils semblant d’être morts ? La thatanose est l’attitude de l’animal faisant semblant d’être mort du fait de la proximité d’un prédateur. Elle peut être accompagnée d’émission de substances ou de mécanismes complexes et variés qui assurent la protection et la survie. Tous les animaux thatanosent-ils ? Comment fait-on semblant sous l’eau ? La thatanose varie selon le degré d’exposition à la prédation chez les sauvages ou les domestiques et selon l’âge et le sexe. Les animaux se suicident-ils ? L’idée de suicide chez les animaux était présente dans les écrits des anciens dont Aristote. Leur étude peut améliorer la connaissance du suicide chez les humains car il existe des émotions et pathologies communes. C’est un sujet complexe qui reste à étudier. Les animaux ont-ils des rites funéraires ? Chez les insectes il existe des gestions des corps et certains insectes procèdent à des enterrements. Les éléphants de savane couvrent leurs congénères morts avec des branchages, leurs réactions de compassion sont proches de celles des hommes. Des rassemblements cérémoniels sont organisés autour d’un corvidé mort. Du fait de la destruction de l’environnement, de l’agriculture intensive, « quand bien même les oiseaux se cacheraient pour mourir, ils ne pourraient plus le faire discrètement ». De nombreuses expériences montrent que le langage des grands singes est complexe et que nous nous sommes loin d’avoir tout compris sur leurs rapports à la mort. Pas de conscience de la mort. Quelles conséquences ? « Je suis convaincue que si nous maltraitons les animaux c’est au moins en partie parce que nous les sous-estimons… ». Pourtant depuis longtemps les hommes s’interrogent sur leurs capacités et leurs émotions. « Il est terrifiant de penser que certains ne perçoivent pas de vie dans l’animal, pas d’émotion, pas de complexité » ! Il y a plus de 150 ans, des hommes étaient plus conscients et luttaient contre la cruauté faite aux animaux. Comment est-il encore possible que des hommes pensent que les animaux ne ressentent rien ? L’animal est reconnu comme un être vivant sensible mais la loi évolue lentement, rien pour les animaux sauvages. Une très belle conclusion : « Il est temps d’ouvrir les cœurs. La vie c’est la mort, la mort c’est la vie. La vie c’est de l’amour aussi. On aime. On protège. Aidez-moi à les protéger et à lutter que ce soit contre les ignorants ou les arrogants ». S’appuyant sur de nombreux exemples chez les animaux sur la conscience de la mort et leurs façons de la considérer, Emmanuel Pouydebat rédige un plaidoyer convaincant pour déconstruire des idées reçues et nous faire mieux comprendre comment ceux-ci perçoivent la mort. Cet ouvrage, auquel Arnaud Rafaelian par ses dessins apporte beaucoup d’humour, est passionnant et absolument indispensable pour empêcher que des hommes fassent souffrir les animaux !







