Cet ouvrage répond à l’intention du CNRS exprimée dans la préface de son président « d’œuvrer à rendre visible au grand public les objets de recherche et les méthodes d’exploration qui ont lieu dans [ses] laboratoires » en relation avec le calcul et la science informatique. Le calcul est à comprendre dans son acception la plus large, à l’œuvre dans quasiment toutes les activités humaines depuis le calcul élémentaire jusqu’aux plus récents développements en science des données et en simulation.
C’est là un ouvrage à portée encyclopédique, élaboré par un collectif d’un peu plus de 90 professeurs ou chercheurs de labos CNRS, coordonnés par trois professeurs émérites et une infographiste. La matière est organisée en 10 parties divisées en une soixantaine de chapitres, des exemples de calculateurs, un glossaire et une bio de quelques mots sur les contributeurs et leurs adresses électroniques. Chaque partie est précédée par une introduction résumant les enjeux et les thèmes de chaque chapitre de ladite partie. L’ensemble est clair, les infographies sont pertinentes et nombreuses, les textes sont didactiques et bien écrits. Le glossaire est complet.
Une partie est réservée à l’histoire du calcul et à la capacité des êtres animés humains ou non à savoir compter. Cette partie est remarquable pour appréhender ce que c’est que « compter » et comment l’humanité a progressé dans cet apprentissage. Une deuxième partie traite de l’émergence des calculateurs mécaniques puis des ordinateurs et des concepts sous-jacents. La machine de Turing fait ainsi l’objet d’un chapitre entier.
Les trois parties suivantes sont spécifiquement informatiques et mathématiques pour appréhender les développements en dispositifs matériels, algorithmiques et logiciels. Les trois parties suivantes abordent les applications du calcul à haute performance dans les questions scientifiques applicatives : séismologie, astronomie, climat, plasma, chimie, biologie, virologie, physique des particules, cryptographie, ingénierie, jumeaux numériques, preuve…
Une partie est ensuite réservée aux nouvelles approches : ordinateur quantique, calcul moléculaire, mémoires ADN.
Une dernière partie aborde les enjeux sociétaux et environnementaux associés dont la sécurité des données personnelles, la consommation énergétique, la pertinence certaine des femmes dans le développement de ces techniques, la sécurité des mots de passe et la contribution à la gestion de la ville.
Les 300 pages de l’ouvrage ne sont pas à lire séquentiellement. Le caractère encyclopédique fait qu’il y a de nombreuses redondances, mais celles-ci justement permettent la lecture par la thématique d’intérêt du lecteur. Le grand public ne sera peut-être pas toujours en mesure de tout lire ou de tout comprendre mais toute personne ayant le niveau des études secondaires doit pouvoir percevoir les enjeux de chaque domaine abordé. Tout spécialiste d’un domaine devrait même pouvoir trouver des informations éclairantes dans les domaines qui ne sont pas de son ressort.
Les chapitres de nature historique ou socio-économique (première et dixième partie) sont à mettre en toutes les mains car ils permettent d’appréhender la nature même du calcul et de sa genèse, ainsi que les limites que le calcul présente et sans doute aussi les limitations qu’il serait sage d’introduire. Cette transformation profonde par le calcul de nos activités induira des changements sociaux et des consommations énergétiques croissantes dont il faudra assurer la soutenabilité alors que les capacités humaines donnent à chaque humain des possibilités que la machine ne peut égaler. C’est sans doute sur ces aspects que cet ouvrage – sa dixième partie – laisse le lecteur averti le plus sur sa faim.
Mokrane Bouzeghoub, Lichel Dayde, Christian Julien, CNRS éditions




